Artisanat de Tokyo · quatre cents ans

Edo Shishu

La broderie de soie d’Edo. Tout se fait à la main, sur soie ou chanvre, avec des fils de soie, d’or véritable et d’argent. Le geste a quatre siècles. L’aiguille, elle, n’a pas changé.

Essor
XVIIe s.
Reconnu
1987
Support
Soie, asa
Étude de broderie : aile et cou de grue en soie vermillon, encre et fil d’or sur soie ivoire.
Grue · 鶴Étude de fil, soie et or couché

« Poser le motif, c’est d’abord décider du vide. »

Ce qui distingue l’école d’Edo des broderies de Kyōto et de Kaga.

Histoire

Quatorze siècles de fil, quatre cents ans d’Edo

La broderie japonaise commence à l’époque d’Asuka. L’Edo Shishu, lui, prend son caractère au XVIIe siècle, quand la ville d’Edo s’enrichit et veut des vêtements à la hauteur de cette richesse — puis quand Tokyo décide, en 1987, de nommer enfin ce savoir.

  1. VIIe siècle

    Asuka

    La broderie arrive avec le bouddhisme. On coud des shūbutsu : des images sacrées faites uniquement de fil, au même titre que les statues de bronze doré.

  2. XVIIe siècle

    Edo

    Les kimonos brodés quittent les temples et les maisons de samouraïs. Les marchands de la nouvelle capitale commandent des pièces éclatantes. C’est l’Edo Shishu, au sens propre : quatre cents ans.

  3. shogunat

    Édits

    Le luxe devient tel que le bakufu interdit plusieurs fois l’or et l’argent trop visibles. L’art continue, parfois plus discret, jamais interrompu. Les artisans s’appellent alors nuibaku-shi et nuimono-shi.

  4. écoles

    Trois vents

    Kyō, raffinement de cour. Kaga, opulence du domaine des Maeda. Edo, couleurs tranchées aimées des guerriers, et surtout le goût du vide autour du motif.

  5. 27 juillet 1987

    Tokyo

    La coopérative des brodeurs de Tokyo fait reconnaître l’Edo Shishu comme artisanat traditionnel de la métropole. Le nom relie Edo à la ville d’aujourd’hui. On le pratique encore à Adachi, Shinjuku, Kōtō, Suginami.

Trois écoles

Même aiguille, trois manières de voir

江戸刺繍

Edo

Tokyo

Le motif est posé pour laisser respirer le tissu. Couleurs franches, goût bushi, puis lumière des quartiers marchands. Le vide — le ma — fait partie du dessin.

京繍

Kyō

Kyoto

L’école de la capitale impériale. Un raffinement plus dense, lié aux vêtements de cour et à une tradition plus ancienne de la broderie de luxe.

加賀繍

Kaga

Kanazawa

Née dans le domaine des Maeda. Plus opulente, souvent presque peinte, avec des ors abondants et un relief généreux.

Geste

De la commande au dernier point

  1. 01

    La commande

    Tout commence par l’écoute : kimono, costume de scène, bannière, objet de culte. Le motif et les teintes se décident avec celui qui portera la pièce.

  2. 02

    Le gofun

    On ne crayonne pas la soie. Un pochoir de papier, le shibugami, et une poudre blanche, le gofun, déposent un tracé qui s’efface dans la finition.

  3. 03

    L’ito-yori

    Le fil se prépare à la main. On défait des écheveaux — souvent douze brins — pour les retordre et mêler des tons très proches. Un seul rouge en cache près de vingt.

  4. 04

    L’aiguille

    Aiguille courte, deux ou trois centimètres. Tissu tendu sur un cadre. Main droite au-dessus, main gauche en dessous : on se passe l’aiguille à travers la soie.

  5. 05

    Le liage

    Le kiri-osae, points en biais, plaque la broderie pour qu’elle ne flotte pas. L’or, lui, reste en surface : couché, retenu, jamais forcé dans la chaîne.

Points

Quatre gestes pour entrer dans la pièce

Il en existe bien d’autres. Ceux-ci suffisent à comprendre comment un dessin passe du papier à la soie. Touchez un point : l’atelier s’ouvre avec lui.

Sashinui 刺し縫い

Le point de contour. Il dessine la branche, le bec, le bord d’une vague avant que la couleur ne vienne.

Hirazashi 平刺し

Points plats, serrés, posés comme un lavis. C’est lui qui donne aux pétales leur peau de soie.

Sagara-nui 相良縫い

De petits nœuds qui grainent la surface. Étamines, mousse, neige sur un pin.

Koma-nui 駒縫い

Le fil d’or est enroulé sur un dévidoir, le koma, puis couché et retenu par un fil de liage. Une technique propre au Japon.

Atelier

La soie est tendue. À vous l’aiguille.

Le tracé pâle est le gofun : un guide, pas une obligation. Choisissez un fil, un point, et piquez. Dans un vrai atelier, une main reste sous le tissu. Ici, le doigt tient les deux rôles.

Point

Le point suit le doigt. Longez le gofun, sans chercher à remplir.

Fil

Vermillon. Le rouge franc des costumes de ville.

Tracé au gofun

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Motifs

Ce que le fil a l’habitude de dire

Grue 鶴

Longévité. Elle traverse les siècles sans se poser vraiment — d’où le cou tendu, les pattes encore dans l’air.

Chrysanthème 菊

Noblesse, emblème impérial. Les pétales se brodent en dégradé : un rouge n’est jamais un seul rouge.

Or couché 金駒

Le kin-ito ne traverse pas la soie. Il repose, tenu par des points presque invisibles, et renvoie la lumière.

Vagues 青海波

Seigaiha, la vague de la mer bleue. Un motif de paix qui se répète sans fin, comme l’eau.

Ce qui porte le nom

Trois conditions, et pas une de moins

Depuis la désignation du 27 juillet 1987, une pièce n’est de l’Edo Shishu que si elle respecte le cahier de l’artisanat traditionnel de Tokyo.

  1. I

    Tout le travail de broderie est fait à la main, directement sur l’étoffe.

  2. II

    Fils admis : soie, or et argent véritables, or et argent aplatis, poudres d’or et d’argent, fil laqué (urushi-ito).

  3. III

    Le support est une soie tissée ou un chanvre. Rien d’autre ne porte le nom.